Lettre à la Députée Guigou
Titia Houplain nous communique également une lettre qu'elle vient d'adresser à la Député socialiste de la circonscription de Romainville, et ancienne ministre de la justice, Elisabeth Guigou.
Bien sur ces propos ses souhaits, ses espoirs n engagent qu'elle mais notre soucis de débat démocratique fait que volontier nous publions ce texte:
Titia Houplain
Conseillère municipale
Groupe des élus communistes et républicains
Romainville, le 29 novembre 2006
A Madame Elisabeth Guigou, Députée
Chère Madame,
Suite à la réunion publique que vous avez organisée vendredi 24 novembre 2006 à Romainville au cours de laquelle je vous ai posée une question relative aux « sans-papiers », je reviens vers vous par ce courrier afin de vous exposer un peu plus longuement ma préoccupation notamment en ce qui concerne ce qui se passe pour les enfants de certains sans-papiers à Romainville.
Les enfants qui résident avec leurs parents à l’hôtel des Balladins, se voient depuis plusieurs années refuser l’accès à l’école maternelle ou primaire au sein de la commune de Romainville. En tant que conseillère municipale j’ai, à plusieurs reprises, interpellé notre Maire à ce sujet et ai obtenu toutes sortes de réponses plus choquantes les unes que les autres. Dans l’une d’elle Madame le Maire parle de coercition alors que j’évoquais le cas d’une petite fille amputée obligée d’aller dans une commune voisine alors qu’une école se trouve dans la même rue que cet hôtel ; Dans une autre réponse présentée par une de ses adjointes il a été dit que ces enfants, selon elle non francophones, - la plupart sont au contraire francophones - risquaient d’apporter des maladies et de faire baisser le niveau des classes ; Dans la 3e , celle de M. Champion, il est de nouveau question du niveau scolaire, alors qu’il est avéré que ces enfants n’ont pas un moins bon niveau , bien au contraire, et que leur santé est très bien surveillée et suivie. Je me suis heurtée, ainsi que les élus qui se sont associés à cette protestation, à un refus persistant de scolariser ces enfants en dépit des lois de la République, de la Convention internationale des droits des enfants et de diverses demandes d’associations (Ligue des Droits de l’Homme, Réseau Education Sans Frontières, FCPE et Syndicats enseignants, …). Je joins à cette lettre divers documents vous prouvant tous ces faits.
Je reviens donc vers vous sur ce sujet car il me paraît impossible que le Parti socialiste n’exige pas de Mme Valls qu’elle revoie sa position sur ce point . Il me paraît intolérable que notre Maire continue à refuser de scolariser des enfants et s’en vante dans son journal municipal. Comment peut-on se glorifier de bafouer les lois de la République et les droits des enfants tout en se montrant proche d’élus socialistes tels que vous et que M . Guglielmi ? Comment faire comme si rien de tout cela n’était vraiment ni grave ni terriblement choquant ? Car la réponse reçue n’était pas vraiment à la mesure de la question, reconnaissez-le. Vous avez juste dit que la scolarisation était de droit et invité Mme Valls à donner sa réponse. Or Mme Valls n’a pas daigné répondre. Je suis d’ailleurs bien intriguée par le fait que nul autre membre de l’assistance n’ait relevé l’absence de réponse à cette question. Notre capacité à s’indigner est elle à ce point émoussée ? Le régime de terreur imposé en ce moment aux familles étrangères désireuses de trouver une aire où se poser quelque temps en paix , pour retrouver un peu d’aisance matérielle, un peu de sécurité et un espoir pour leurs enfants, ce régime de terreur devons-nous accepter qu’à Romainville, une municipalité de gauche, un maire ne trouve rien de mieux que d’ajouter du malheur au malheur de ces personnes ? Savez-vous, Madame la Députée, que Mme Valls ne refuse pas seulement l’école aux familles des Balladins mais que tous les services de la mairie leur sont quasiment refusés. Si une personne des Balladins vient demander quelque chose, un papier, une aide, un dossier de logement, une demande en mariage, quoi que ce soit, on sent aussitôt un vent de panique parmi les employés de la Mairie, on entend des murmures, puis vient la réponse fatidique : « Ah vous êtes des Balladins ? Alors non, désolé , on ne peut rien faire pour vous !!! » .
Mon mari et moi aidons régulièrement l’une de ces familles en hébergeant chez nous leur fille aînée, étudiante en 3e année de licence d’économie à Paris VIII. Vous voyez que parmi les enfants de ces familles certains étudient…La plus jeune des enfants de la famille, Kahina, a dû pendant 3 ans se lever très tôt le matin pour aller à l’école à Paris 18e car elle n’a jamais pu venir à l’école à Romainville. Aujourd’hui elle va au collège à Romainville car le maire de la commune n’a pas son mot à dire pour les inscriptions en collège. Kahina est une excellente élève. Nous avons donc quotidiennement leurs témoignages sur le terrible accueil réservé en mairie aux résidents des Balladins. Il y eut même pendant quelque temps une recommandation aux bénévoles du Secours Populaire Français visant à leur interdire de recevoir l’aide du SPF. Il y eut aussi une tentative de la part du Maire de fermer l’hôtel des Balladins pour des raisons de sécurité et, par ailleurs, un foyer Emmaüs a bien été fermé pour cette « raison »… J’ai appris que vous vous étiez rendue à cet hôtel des Balladins et que vous aviez rendu visite, en compagnie de M. Guglielmi, à cette famille que nous aidons comme nous pouvons.
Je serai donc bien curieuse de savoir ce que vous pensez de l’attitude et des explications de Corinne Valls au sujet de ce refus persistant de scolariser les enfants des Balladins et aussi au sujet de ce déni de tout droit et accès aux services municipaux envers ces familles. Vous dîtes que la scolarisation est de droit. Mais que dîtes vous des arguments de notre maire qui prétend par son refus faire pression sur une autre collectivité ? S’agit-il de Paris ? Y a-t-il un conflit entre Paris et Romainville ? N’y a-t-il pas un autre moyen de régler ce conflit, s’il y en a bien un, que de faire peser cette difficulté supplémentaire sur ces familles ? Voilà, me semble-t-il des questions auxquelles la députée que vous êtes, peut apporter d’autres réponses que celle reçue vendredi et je serai très heureuse de les recevoir de votre part.
Voici encore quelques précisions. Je ne suis pas adhérente du PS ni du PC mais j’ai toujours été sympathisante et ai toujours voté à gauche. J’ai soutenu Mme Valls en 2001 en tant que simple citoyenne et ai été intégrée à sa liste. Je n’étais que 23e sur cette liste mais le succès de Mme Valls a été tel que j’ai été élue. Depuis fin 2002 j’ai été très choquée par les méthodes de notre Maire dans diverses occasions. C’est pourquoi petit à petit je me suis éloignée de son groupe et j’ai finalement rejoint un groupe d’opposition municipale. Je ne vous aurai pas dérangé s’il ne s’était agi que de petites querelles internes à un conseil municipal. Mais depuis quelque temps déjà et principalement sur cette question de la scolarisation des enfants l’indignation et la colère sont trop fortes pour que je ne tente pas de vous la faire connaître.
Par ailleurs je tiens à vous faire savoir que mon mari et moi-même connaissons assez bien M. Guglielmi et très bien Mme Yvette Roudy ainsi que bien d’autres personnes de renom actives au sein du Parti socialiste. Nous partageons tous deux la même indignation et ne cesserons de la proclamer. Nous avons beaucoup d’admiration pour la femme politique que vous êtes. J’ai eu des échos positifs sur votre action y compris parmi mes amis communistes. A Romainville je me sens plus à l’aise avec les communistes qu’avec les socialistes mais je ne perds pas de vue qu’il s’agit de faire gagner la gauche au niveau national afin d’aller effectivement plutôt dans le bon sens. Je pense donc plus sain de s’orienter vers un rapprochement PC/PS localement à Romainville plutôt que de continuer à soutenir un Maire qui n’a plus aucune valeur de gauche et qui pratique la haine au quotidien avec ses anciens « amis ».
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