Témoignage

Publié le par pierquet

La VERITE sur Madame Corinne VALLS
 
Témoignage d’une conseillère municipale
 
 
Titia Houplain, Groupe des élus communistes et républicains.
 
La campagne municipale de 2001 et les élections
 
En 2001 j’ai été élue au Conseil municipal de Romainville sur la liste intitulée « Gauche citoyenne ». Cette liste était composée de communistes (mais pas de tous les communistes comme on va le voir), de verts et de « citoyens » (membres du « Comité citoyen », association créée à l’occasion de cette campagne municipale) et, contre toute attente, nous avons remporté ces élections. J’étais à la 23e place sur cette liste mais nous avions remporté 26 sièges, j’ai donc fait partie des élus de la nouvelle majorité. Romainville compte environ 25000 habitants (24010 au recensement de 1989) et le conseil municipal compte 35 conseillers. Notre liste avait l’originalité de n’être soutenue que par le parti des verts, car notre maire, communiste à l’époque, n’avait pas obtenu l’aval de son parti. Nous étions donc en lice contre une liste de la « Gauche plurielle ». Nous avons, en vain, recherché un accord avec le PS, puis entre les deux tours, avec la liste adverse. Nous étions persuadés que les vieux partis ne répondaient plus aux attentes de la population et que l’heure était à la prise en mains des affaires publiques (en tous cas localement) par des citoyens motivés, sincères, débutants et inexpérimentés certes mais les politiques classiques avaient démontré leur incompétence.
 
 
 
La campagne électorale fut joyeuse, fraternelle et pleine d’espoirs pour notre « collectif ». Tout d’un coup il m’apparaissait formidable de m’ investir dans notre petite ville de banlieue. Jusque là notre ville était pour la plupart d’entre nous une ville-dortoir. Du jour au lendemain nous avons fait connaissance avec des centaines de Romainvillois, depuis les « vieux communistes », de la génération de ceux qui avaient cru dans la construction de cités radieuses et qui y croient encore, jusqu’à de jeunes parents désireux de prolonger leur engagement associatif dans le domaine de la politique locale, en passant par des citoyens qui croyaient en la possibilité de changer le monde au moins dans leur petit coin.
 
Le rejet des deux grandes formation de gauche (PS et PC), au niveau local du moins, nous a quelque peu gênés bien sûr… mais la présence de nombreux communistes (la famille communiste romainvilloise était coupée en deux) , et parmi eux de grands résistants que Corinne Valls avait réussi à se rallier, celle des verts et de militants associatifs locaux de la FCPE… paraissait une bonne caution. La réception des représentants socialistes locaux, qui pourtant nous considéraient auparavant comme des « sympathisants » a été tellement odieuse que nous avons décidé de passer outre leur rejet. Les raisons du rejet de notre tête de liste par le PC local ne nous ont jamais été clairement exposées malgré une enquête que mon mari et moi avons menée. Bref cette campagne a été marquée par le chagrin et la tristesse de nos amis communistes qui étaient violemment invectivés par leurs anciens camarades, par notre déception de ne pas partir dans l’unité avec toute la gauche locale mais aussi par l’enthousiasme de néophytes qui s’investissent et croient qu’ils vont créer une « nouvelle façon de faire de la politique », plus « citoyenne »…
 
En outre, et, comme une cerise sur le gâteau, c’était l’an 1 de la parité, et nous défendions le projet d’élire une femme à la tête de la Mairie : la première femme maire élue à Romainville… Corinne Valls était déjà maire mais sans avoir été élue par la population (l’ancien maire, M. Robert Clément l’avait fait élire par le précédent conseil municipal car lui-même était devenu Président du Conseil général et M. Clément était opposé au cumul de mandats, y compris pour lui-même) ; Elle allait désormais être maire par le choix de ses électeurs. C’était mieux que d’appliquer simplement la parité, non ? L’argument féministe a été exploité à fond durant cette campagne et j’y étais moi-même très sensible... Notre tête de liste disait volontiers que la section locale du PCF l’avait désavouée parce qu’elle était une femme. Nos adversaires auraient dû réfuter cet argument… au lieu de cela, dans les rues ils la traitaient de menteuse, ils placardaient des insultes grossières. Cela nous justifiait de plus belle. Nous avons profité de l’engouement général et populaire pour la montée au pouvoir des femmes pour organiser durant la campagne un 8 mars pas comme les autres à Romainville. Ce fut une fête grandiose. J’en avais eu l’idée et en fus une des organisatrices principales. C’était très exaltant. Nous avions préparé un couscous pour 50 personnes, il y eut 300 convives. Des stands d’associations, une exposition de peintures, des contes, des spectacles de danse, de théâtre, des débats ont eu un succès énorme tout au long de cette journée qui a duré de 8h du matin à 22h le soir. A la suite de cette journée, sur une idée que j’avais lancée, les femmes qui s’étaient investies pour ce 8 mars ont décidé de fonder une association qu’elles ont appelé « Les Elles se déploient ».
Le 18 mars notre liste avait une légère avance. Au soir du 2e tour nous avions une majorité écrasante.
 
Première partie de la mandature au sein de la majorité 
 
J’avais renoncé, malgré une proposition qui m’en a été faite, à devenir maire-adjointe car mon mari, jeune retraité, allait l’être (ça fait déjà beaucoup pour une seule famille) et d’autres citoyennes plus jeunes que moi souhaitaient se lancer. Je serai donc « simple conseillère » mais on m’a donné une délégation : « droit des femmes et activités physiques et sportives ». J’ai beaucoup travaillé au début de la mandature sur ces délégations, j’ai essayé de savoir ce que notre maire attendait de moi et , en l’absence de réponse détaillée de sa part j’ai pris des initiatives... Je crois qu’elle n’attendait rien de particulier, sauf que je continue à sillonner la ville en proclamant partout ses louanges. Peu m’importait, au début tout est beau et nouveau et on y croit. Je me démenais. Je passais mes vendredi, jour de mon « temps partiel, à la mairie. Je rencontrais les personnels des services municipaux et cherchais à me faire une idée de ce que l’on pourrait faire pour les femmes. Je me documentais, je suivais des formations avec « Profession Banlieue »… Je recevais des femmes en mairie qui m’exposaient leurs difficultés. J’ai organisé des débats, une exposition. Il y avait aussi l’association « Les Elles se déploient ». Bref tout ça c’était bien prenant et passionnant. Par rapport à la municipalité en général le travail consistait à participer aux conseils municipaux et à « bien voter » avec notre majorité… Nous n’avions que très peu de réunions préparatoires à ces conseils. Il y avait bien les réunions de candidats de notre liste « Gauche citoyenne » (le groupe des 35) mais la parole était très difficile à obtenir. Ces réunions étaient totalement verrouillées par le Maire qui imposait son ordre du jour avec une ou deux questions incontournables du genre le passage à la liaison froide dans les cantines scolaires, le plan pluriannuel de rénovation des équipements sportifs, ou le logement social. Elles se prolongeaient bien au-delà de minuit. Les couche-tard pouvaient enfin aborder quelques questions plus passionnantes. Mais pour ceux qui ont besoin d’un minimum de sommeil (il faut bien travailler le lendemain) la réunion se résumait à l’exposé des deux ou trois questions prévues.
 
Le « blues » des conseillers municipaux 
 
Les conseillers non adjoints n’avaient pas le droit d’assister aux « Bureaux municipaux » réservés aux « Adjoints », souvent appelés les « Elus » (nous « conseillers » nous pensions être aussi des « élus »… mais non, ce n’est pas le cas dans le langage courant de la mairie de Romainville - ce qui nous rabaissait au rang de … ? quoi exactement ?) . Les adjoints touchent une indemnité, les conseillers non. Bref nous connûmes le « blues » des conseillers municipaux de base : nous ne sommes rien (ni « élus », plus tout à fait « citoyens », pas du tout écoutés, sacrifiés au fond ) et nous n’avons rien, il nous est seulement demandé d’être là, le plus souvent possible, pour les remises de fleurs aux vainqueurs des compétitions sportives ou pour les rassemblements et cortèges de commémoration des anciens combattants…
Les réunions des « 35 » de la liste « Gauche citoyenne » rassemblaient les élus et non élus. Notre niveau d’information était le même que celui des non élus… or au conseil c’était à nous de voter. On voyait rarement les « non élus » assister aux conseils municipaux jusqu’à des heures avancées de la nuit. Non, ça c’était notre « job »…
 
Notre équipe a prôné et mis en place des « conseils de quartier » mais il nous était enjoint de ne pas y prendre de responsabilité car ce devait être le rôle des citoyens. Nous n’étions donc même plus « citoyens »
Il nous était demandé de participer aux nombreux ateliers urbains organisés sur la sécurité ou le budget… On nous plaçait alors aux côtés de la Maire et de ses adjoints mais nous n’avions aucune information sur ce qui allait être dit à la population. Il n’y avait jamais de réunion préparatoire à ces « ateliers ». Nous nous sentions instrumentalisés, des « potiches décoratives » certes, mais des potiches. Ces ateliers étaient en fait des lieux de communication à sens unique, toujours descendante. Les participants se sentaient valorisés car souvent on publiait leur photo dans le bulletin municipal, on citait une phrase avec leur nom… Bref, la « gloire »…
 
Le « Canada dry » de démocratie
 
Mais tout ça c’était du « canada dry » de démocratie. La base d’une véritable démocratie, selon nous, cela aurait été de la faire vivre au sein du groupe des élus de la majorité, de nous écouter aussi de temps en temps, de nous faire vraiment participer, en amont, aux décisions et de valoriser nos compétences, au lieu d’agir avec nous comme si nous étions des marionnettes jetables. De cela il n’a jamais été question malgré de nombreuses tentatives de notre part.
 
Notre maire avait l’ambition de mettre en place la « démocratie participative » . Dans une commune de moins de 80 000 habitants la loi n’impose pas la création de conseils de quartier. Mais notre municipalité l’a fait. Cependant nous constations qu’il n’y avait pas de démocratie au sein de notre groupe et bientôt nous allions constater que la démocratie tout court n’était pas respectée ni dans l’esprit, ni dans la lettre… Par exemple, nous n’avons jamais délibéré définitivement su le règlement intérieur du conseil municipal.
 
De petite en grande déception nous continuions malgré tout, mais de moins en moins enthousiastes ; cependant nous espérions que les choses s’amélioreraient, que nous pourrions un jour pouvoir nous faire entendre de Corinne, car nous l’aimions encore... Je réalise aujourd’hui qu’elle avait délégué quelques basses besognes à sa garde rapprochée afin de garder l’image de « gentille » qu’elle avait encore auprès de la plupart d’entre nous.
 
Pour ma part j’y ai cru encore quelque temps. J’étais dopée par mon travail sur les droits des femmes. J’ai mis en place une « commission municipale » sur le droit des femmes… qui ne s’est réunie que deux fois. La moindre initiative demandait un investissement en temps et en énergie considérable. La reconnaissance ne suivait pas. Quelques réunions semblaient pourtant intéresser vivement la population. Mais notre maire ne m’encourageait guère.
 
J’étais déçue mais j’espérais encore. Je ne savais que faire. Je voulais assumer mes responsabilités.
 
Les 35 étaient répartis en trois groupes : les Verts, les communistes et les citoyens dont je faisais partie. Certains d’entre nous étions très déçus par ce comité de citoyens au sein duquel la prise de parole et l’écoute étaient aussi difficiles qu’au sein des 35. La moindre contestation interne était considérée comme la marque d’un désir de prendre la place de notre « chef » ou comme à tout le moins de la mauvaise volonté, une perte de temps considérable par rapport à l’énorme tache qui nous attendait. Le fonds de commerce de notre idéologie et action locales consistait à déplorer le déficit en investissement des précédentes mandatures et le style des « staliniens » d’avant. Mais nous avions affaire à des « néo-staliniens » encore plus redoutables que les anciens.
Par exemple la municipalité d’avant organisait chaque année un salon des arts plastiques. Tout peintre du dimanche local ou sculpteur amateur pouvait y exposer l’œuvre de son choix. Nos nouveaux « chefs » ont décidé qu’ils formeraient un jury (composé d’eux-mêmes) qui ferait le tri en allant voir sur place, chez les artistes pour choisir ou non une œuvre. Ce nouveau règlement a ulcéré plus d’un artiste. Mais rien n’y a fait. Au lieu d’une centaine de romainvillois amateurs il n’y en eut plus qu’un quart assortis d’artistes non romainvillois mais très « tendance »… Il s’agissait de transformer une manifestation locale d’amateurs en une manifestation branchée de prestige . Les artistes « locaux » n’avaient qu’à se retrouver au sein d’une association locale. Cela semblait vouloir dire : « Ne mélangeons pas les torchons et les serviettes ». Notre maire assez insensible au fond à ces questions artistiques avait laissé cet « os » (la délégation à la culture) à nos « leaders » du comité citoyen. Mon attitude oppositionnelle (et celle de mon époux) nous a valu l’exclusion du groupe citoyen…
Autre exemple terrible : la chasse aux sorcières organisée au sein des personnels communaux. Entre certains d’entre eux et nous nous avions mis au point un vocabulaire des plus explicites : il y avait les « méchants » et les « gentils ». Mon mari (Maire adjoint aux finances et au personnel) était très aimé des communaux. Il savait les écouter et les entendre. Mais les jeunes loups aux dents longues voulaient faire leur loi, ils voulaient peut-être faire de la place pour quelques amis à eux ?. Tous ceux qui ne semblaient pas en total accord avec leurs idées devaient venir s’expliquer. Les notes baissaient, des rapports négatifs étaient rédigés. Il y eut de nombreuses dépressions nerveuses, des départs massifs. Les compétences n’étaient pas reconnues aussi bien chez les personnels que chez les conseillers municipaux.
 
Au sein du conseil municipal les choses allaient de mal en pis. Mon mari a dû démissionner pour des raisons de santé. Le problème n’était pas circonscrit au comité citoyen. Il provenait du petit groupe qui s’était approprié la direction des affaires et qui entendait la mener bien tranquillement dans son coin, sans « gêneurs ».
 
L’orgueil mal placé
 
Puis il y eut avril 2002. Le lendemain du 21 avril, dans les grandes manifestations je me retrouvais au coude à coude avec nos ex « ennemis », les communistes de la section locale. Je retrouvai leur tête de liste sur les parvis de la Mairie. Celui-ci me demanda si nous ne pourrions pas rédiger un texte commun pour appeler la population de Romainville à faire barrage à Le Pen pour le 2e tour des élections présidentielles. Cela me sembla une demande légitime que je transmis aussitôt à notre maire adjoint Jacques Champion (maire-adjoint …et compagnon de notre maire…) . Mais celui-ci jugea cette requête nulle et non avenue. On ne pouvait être d’accord avec ces gens là. Il faudrait avoir un « projet » commun… !!! Il n’a pas voulu saisir cette occasion pourtant rêvée de renouer le dialogue et de commencer à rassembler à nouveau la famille de gauche.
Au conseil municipal suivant notre maire a tout fait pour qu’aucun texte commun ne soit voté avec notre opposition. Il y eut deux textes différents disant presque la même chose. Un rictus mauvais avait balafré son visage. Elle voulait être la plus forte. Personne ne pouvait lui imposer la moindre concession.
 
Là nous fûmes quelques uns à nous poser de graves questions.
 
La calomnie, les rumeurs, la diffamation comme « méthodes de gouvernement »
 
Puis les choses se sont enchaînées et encore aggravées.
 
Jusqu’en juin nous étions pris dans le tourbillon des événements nationaux : présidentielles, législatives. Entre deux je continuais mon action féministe : j’organisais un débat « Femmes et sports » qui rencontra un succès certain.
 
Mais les réunions des 35 ont repris et petit à petit s’est installé un thème obligatoire à toutes les réunions, il s’agissait du logement social. « Politique sociale du logement ou politique du logement social, problèmes des HLM de Romainville, opération de renouvellement urbain (ORU) »… Pourquoi ce thème devint-il tout d’un coup complètement unique, obligatoire et récurrent ? Que se passait-il ? Où voulait-on en venir ? Les ateliers urbains se multipliaient aussi. On nous reprochait de n’être pas assez présents à tous ces ateliers. S’il fallait aller partout cela aurait pris toutes nos soirées. Petit à petit nous avons compris : il fallait trouver des défauts chez le président de l’office HLM afin de pouvoir exiger de lui qu’il démissionnât… Mais la plupart d’entre nous ne comprenions pas « assez » vite. Nous connaissions bien ce collègue. C’est notre équipe elle-même qui l’avait élu à ce poste. Il faisait partie de notre groupe et était lui aussi conseiller municipal. C’était l’époux de notre première adjointe. Pourquoi lui chercher des défauts ? En quoi avait-t-il démérité ? Nous restions dubitatifs. Nous demandions à voir. Au bout de cinq ou six réunions sur ce thème en 6 mois, nous en avions assez. La moitié des conseillers dociles préparaient et lisaient des petites attaques contre notre collègue. L’autre moitié  n’avait pas envie de jouer à ce jeu. Alors un jour nous avons été convoqués à une grande réunion. Là on nous a expliqué que « François ce n’était plus possible, c’est lui ou moi… Il cautionnait des pratiques douteuses au profit d’un parti politique. Détournement de fonds , gonflement de factures, que sais-je ». Là ce fut vraiment le schisme, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Nous avons, bien entendu, demandé les preuves de ce que l’on nous assénait. Il n’y eut aucune preuve. « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». En ville on me disait « c’est peut-être vrai…Il n’y a pas de fumée sans feu ». La rumeur avait été orchestrée et répandue. C’était le scandale, vraiment. Notre ami François Giacalone était toujours , et il l’est encore, membre du Parti Communiste Français. Mais était-ce une raison pour l’accuser publiquement sans preuves ? Etait-ce une raison pour exiger sa démission ? La vraie raison de tout cela c’est que nos « Ceaucescu » en herbe avaient l’intention de profiter d’une opération de renouvellement urbain (ORU) pour remodeler la ville : détruire des logements sociaux, et reconstruire mais pour offrir des logements à loyer plus élevé, chasser les pauvres, puis pavoiser dans une ville nouvelle, changer la population et se faire réélire par de nouveaux électeurs peut-être ?. Pendant ce temps là les loyers augmentaient, leur paiement était exigé avant le paiement des minimums sociaux, les tarifs des services (études surveillées, piscine, colonies de vacances…) augmentaient. Notre ancien Président de l’OPHLM résistait à ce projet. Après cette accusation sans preuve notre ami a attaqué notre maire en justice pour propos diffamatoire et a obtenu gain de cause.
 
Le dénigrement des origines, le discrédit de la gestion antérieure, le bradage du patrimoine
 
Quelques autres affaires ont simultanément contribué à creuser le fossé entre ceux qui semblaient prêts à tout accepter pour garder leur place et ceux qui ne voulaient plus cautionner des pratiques scandaleuses et une politique inquiétante pour qui se soucie de la population romainvilloise. Petit à petit nous fûmes un certain nombre à comprendre que Corinne VALLS avait pour cible principale les communistes encartés. Elle-même et deux de ses proches ont publiquement déchiré leur carte (il y eut même un article dans Le Parisien) au prétexte que la direction nationale du PCF ne les soutenait pas dans leur combat de nettoyage des écuries d’Augias. Ils voulaient faire croire à la population que toute l’ancienne gestion des communistes et des associations et syndicats amis étaient viciée. Ainsi ils ont discrédité la Bourse du travail, le comité de jumelage, le club de Football… Ils ont essayé de faire croire à la population qu’avant eux les responsables de ces institutions étaient corrompus. Ce n’était pas si aisé car en même temps ils voulaient capté cet héritage. Ils n’ont pas osé s’en prendre au Secours populaire sur le même ton mais ils ont bien baissé sa subvention.
 
Cette équipe dirigeante de plus en plus contestée a poursuivi son entreprise de dénigrement du passé et de table rase du patrimoine de la ville au profit de futurs grands investissements non définis démocratiquement (pas de réels débats ni en réunion de groupe, ni en conseil ni en bureau municipal).
 
La résidence Kérautret (du nom d’un ancien maire très aimé des vieux romainvillois) était une résidence pour personnes âgées peu fortunées. On nous a expliqué que le bâtiment ne répondait plus aux normes, que des appartements étaient vides. J’avais proposé d’attribuer ces appartements à des femmes battues, ayant besoin d’être protégées et aidées quelque temps. Cela aurait permis des rencontres intergénérationnelles. Cela n’était pas du tout dans les plans de notre équipe dirigeante. Ce qu’ils voulaient c’était démolir Kérautret. La quarantaine de vieux qui y demeuraient ont été replacés ailleurs et on a démoli Kérautret. Pour en faire quoi ? Maintenant nous le savons, ce seront des logements privés. Kérautret n’aura plus de vocation sociale.
 
Audierne est une jolie ville de la côte bretonne. Notre commune y était propriétaire d’un centre de vacances. Celui-ci a été vendu avant d’en informer le conseil municipal. Cette vente n’était nullement inscrite dans notre programme. C’est une vente de « bijou de famille » afin de donner des marges supplémentaires à notre Maire pour ses grands projets. Une fausse consultation a eu lieu ensuite. Ce fut épique. Notre maire a refusé de siéger et reporté le conseil. La veille elle nous a convoqué en même temps que des « citoyens » (lesquels ? certains étaient admis, d’autres refusés). Face à une centaine de personnes elle nous a sommés de nous engager par écrit à voter comme la « majorité ». Personne n’a accepté de signer un tel blanc seing, heureusement. D’anciennes amies m’ont publiquement interpellée en me demandant pourquoi je n’avais pas démissionné comme je l’avais annoncé ? Bon, on peut changer d’avis, non ? Surtout en de pareilles circonstances. Je trouvais important de ne pas baisser les bras et de témoigner de ce qui se passait. Le lendemain, épuisés par cette séance de confrontation nous acceptons la vente d’Audierne dans des circonstances rocambolesques. Seule une conseillère de notre majorité vote contre. Son courage nous a épatés. Mais il lui a valu une exclusion immédiate de la « majorité » (qui commençait à s’effriter sérieusement).
 
Dès 2003 Madame Valls devient minoritaire au sein du Conseil municipal
 
A ce moment là nous fûmes une dizaine sur les 26 à quitter la majorité. Par solidarité avec notre collègue et pour reprendre notre liberté officiellement. Nous constituons un groupe Démocratie, Solidarité , Liberté (DSL). Mais nous nous revendiquons encore de la « gauche citoyenne » car nous voulons continuer d’honorer les engagements de la campagne de 2001.
 
Groupe DSL, car le manque de démocratie dans le fonctionnement antérieur est ce qui nous a le plus fait souffrir, Solidarité car nous avons mis en évidence le reproche de fond le plus flagrant à faire à notre maire : le social passe pour elle au second plan et même nous pensons que de façon délibérée notre maire veut changer la population romainvilloise, et Liberté car l’important c’est la liberté de pensée et d’expression, point de démocratie ni de solidarité sans elles.
 
D’autres raisons de s’indigner se sont accumulées (refus de verser des subventions aux associations même si celles-ci concourent de fait au service public, ou à condition pour ces associations de fournir toute une panoplie de justificatifs – soutien plus que faible aux salariés d’Aventis, cette entreprise profite de l’aubaine pour fermer son site – etc etc ) . Nous regardions les décisions déjà prises et les nouvelles délibérations d’un autre œil. Nous avions repris notre liberté de penser et d’expression. Lorsque nous étions dans le groupe compact des 26 nul d’entre nous n’avait le droit de voter différemment des autres. Une simple abstention était un crime de lèse majesté. La sanction ne se faisait pas attendre : exclusion du groupe immédiate. Nous nous sommes sentis libérés d’un poids. Nous nous étions affranchis du groupe des 35 et de toutes les contraintes qu’on voulait nous imposer. La majorité municipale avait explosé par la propre faute du Maire et de son équipe rapprochée. Notre ami François Giacalone n’a pas démissionné de l’OPHLM municipal . La Maire a essayé de remplacer toute l’équipe HLM. Nous avons présenté une « contre-liste » qui a été majoritaire, car nous avions fait alliance avec nos ex-opposants. A plusieurs reprises nous avons mis notre maire en minorité. Nous pensions qu’elle serait obligée de démissionner ou de faire procéder à des élections en interne au conseil municipal pour recomposer son bureau autrement. Mais à chaque vote décisif l’un d’entre nous reculait au dernier moment. Le chemin vers la lucidité et la liberté n’est pas si simple.
 
Mais elle rebondit aux élections cantonales, au printemps 2004
 
Notre maire s’est maintenue tant bien que mal jusqu’aux élections cantonales de 2004. Là elle a obtenu une nouvelle consécration des électeurs. Etant élue conseillère générale grâce à de nouveaux alliés en la personne des socialistes (ils ont retourné leur veste en nous expliquant qu’ils devaient respecter une alliance Verts/PS) elle recompose sa majorité et réorganise son staff municipal. La coupe est amère. Dans la foulée des cantonales elle parvient enfin à déboulonner François Giacalone de l’OPHLM. Cependant nous résistons. Nous voulons surveiller la gestion municipale de notre maire de près.
 
Mais les choses sont de plus en plus difficiles. Elle obtient du juge administratif la démission d’office de cinq conseillers municipaux : trois communistes et deux de notre groupe. Ceux-ci avaient refusé de présider les bureaux de vote qu’elle leur avait imposés. Nous ne savions pas qu’ils risquaient ainsi une démission d’office. C’est là qu’on se demande si l’institution municipale est vraiment démocratique. Il paraît que c’est une vieille loi de Vichy qui permet cela… Après ce coup le groupe communiste qui a déjà perdu les socialistes avec qui il était autrefois allié, plus une conseillère qui a choisi de rejoindre notre maire qu’elle combattait violemment autrefois, ce groupe communiste donc devient exsangue. Il ne compte plus que quatre conseillers.
 
Le refus de scolariser les enfants de l’hôtel des Balladins
 
Année scolaire 2004-2005 je suis avertie par la Ligue des droits de l’homme que notre maire refuse d’inscrire certains enfants à l’école, au prétexte qu’ils résident dans un hôtel social . Un long combat commence. Le problème est délicat : nous ne voulons pas mettre les familles en danger ni faire trop de bruit si elles ne le souhaitent pas ; néanmoins je pose une question écrite en conseil municipal et obtient une réponse de notre maire indigne d’un élu de gauche. En 2005-2006 nous apprenons de nouveaux cas de refus d’inscription à l’école. Nous apprenons que cette situation perdure depuis trois ans. Avec les collègues et des citoyens militants qui s’indignent de ce déni du droit nous constituons un comité de soutien aux familles pour l’inscription de tous les enfants. Nous faisons signer une pétition, écrivons des lettres au Préfet et à l’Inspecteur d’académie, présenter des vœux et des questions écrites à l’Assemblée municipale. Nous avons le soutien de la LDH , du MRAP et du RESF. Tous les enseignants de la ville sont mobilisés. Ce combat risque de porter vraiment un coup fatal à notre Maire. En mairie (juin 2006) on nous a fait croire qu’il ne devrait plus y avoir de nouveaux refus d’école à Romainville. Nous restons très vigilants et attendons d’en avoir une confirmation flagrante. Maintenant je sais qu’elle n’a jamais voulu revenir sur sa décision. Elle a été confortée par la politique anti-étrangers de Nicolas Sarkozy. Le Préfet l’a probablement soutenue. Mais elle a été acculée par le Réseau Education Sans Frontière, lors d’une réunion organisée à sa propre initiative sur le thème du « contrat éducatif local » à rendre publique sa position. Elle l’argumente en disant que « Romainville » compte déjà 50% de logements sociaux et ne peut intégrer un afflux supplémentaires de personnes en grande difficulté. Mme Valls dit vouloir par ce refus obliger la Ville de paris ou l’Etat à « prendre ses responsabilités ». En attendant c’est elle qui ne prend pas les siennes. car la scolarisation des enfants est une loi de la République que tous les Maires doivent respecter. Ce combat m’a conduit à me mobiliser pour un accueil décent et respectueux des droits humains des étrangers en France et pour le droit de vote des résidents aux élections locales. Puisque notre équipe était pour une participation accrue des citoyens , y compris les résidents étrangers, nous avons demandé en conseil municipal , à notre maire, d’organiser ou de favoriser une « votation citoyenne » sur ce sujet. Madame Valls a refusé de prendre part à ce vœu aui a pourtant été adopté par une majorité d’élus. Dans la gazette des élus communistes et républicains je rapporte un débat sur ce sujet que nous avions organisé avec l’association « les amis de l’humanité ». Comme j’y développe une analyse sur les causes du refus des politiques de faire advenir le droit de vote des étrangers, raisons attribuées à la crainte de perte de pouvoir de ces élus et au maintien dans des conditions de vie misérables pour les étrangers, et comme je place notre maire parmi ces élus, celle-ci m’attaque actuellement en justice pour « diffamation ». Le jugement sera prononcé le 21 décembre prochain. Pour nous il s’agit vraiment d’un refus de la liberté d’opinion.
 
 
« Espérances »
 
Fin 2005 nous nous associons aux communistes pour former le groupe « communiste et républicain ». Nous devenons le premier groupe municipal par le nombre car la majorité autour de VALLS est émiettée en un nombre incroyable de sous-groupes (parfois composés d’un seul élu…) . En fait depuis la création de notre groupe nous avons fait progresser les droits des élus minoritaires au sein de notre commune. Nous avons obtenu pour nous et pour tous les groupes le droit à une tribune dans le journal municipal, ce qui n’était pas le cas auparavant. Mais le quotidien des élus d’opposition n’est pas rose. Notre maire a maintenant de puissants alliés dans le département. Elle croit pouvoir piétiner ses plus fidèles : ceux du comité citoyen. Elle ne daigne pas accorder à son lieutenant des premiers jours, Stéphane Weisselberg , une place dans son projet d’intercommunalité. Celui-ci se tourne alors vers nous et obtient notre soutien. Nous retardons le projet d’intercommunalité car nous exigeons pour cette instance une représentativité réelle. Mais vient l’échéance du budget 2006. Alors là elle a peur. Vite elle rattrape Stéphane par la manche et lui propose sans doute une place intéressante au cas où l’intercommunalité revienne à l’ordre du jour. Et voilà que nos espoirs pour déboulonner le couple infernal, les « Ceaucescu » de « Roumainville » (comme on les appelle en ville) est repoussé aux calendes grecques. Un maire épaulé par de puissants alliés dispose de tous les pouvoirs municipaux : moyens humains : les personnels communaux, moyens financiers pour répandre sa communication sur papier glacé, appuis au département, à la région… Mme Valls organise une politique-spectacle, elle fait venir des citoyens pour faire sa « claque » pendant les conseils municipaux, qu’elle délocalise dans la salle des fêtes…
 
Face à cet étalage de démagogie il n’est pas facile de résister. Cependant nous devons notre vérité à nos concitoyens. Nous voulons témoigner de notre expérience vécue. Nous allons bientôt devoir retourner dans les urnes pour choisir une nouvelle équipe municipale et un nouveau maire. Avant de mettre votre bulletin dans l’urne, chers concitoyens, prenez connaissance de tous les faits que nous rapportons et de tous les points de vue qui vont s’exprimer.
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Publié dans lecactusrouge

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B
Madame Titia Houplain ne nous livre que son "ressenti" personnel et <br /> se livre à des élucubrations sur le sentiment qu'on pu éprouver d'autres élus.<br /> je suis par ailleur étonné, que disant qu'elle dirait toute la vérité, elle ne nous publie pas des "photos" de ce si agréable diner avec le couple Chirac où elle a trouvé Mme Chirac si "sympathique".
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