José Bové Retire sa Candidature
Mauvaise nouvelle pour la démocratie, alors que le mouvement anti-libéral devait désigner début décembre sa tête de liste pour la présidentielle 2007, hier José Beauvais a annoncé dans le texte ci-joint le retrait de sa candidature : Montredon, le 23 novembre 2006 Chers ami(e)s, cher(e)s camarades, Il y a six mois, j¹ai fait savoir que j¹étais disponible pour incarner, sur le bulletin de vote de l¹élection présidentielle, notre rassemblement unitaire de la gauche anti-libérale.
J¹ai immédiatement précisé que, pour créer les conditions d¹une dynamique populaire et électorale autour d¹une stratégie et d¹un programme communs, il convenait de mener une campagne collective rassemblant, sur une même tribune, toutes les forces qui avaient contribué au succès du « non de gauche », le 29 mai 2005, de la Lcr aux socialistes anti-libéraux. Et j¹ai ajouté aussitôt que ma démarche n¹était pas personnelle mais que, pour garantir l¹unité la plus large possible, il ne pouvait être question de se ranger derrière le porte-parole de telle ou telle composante de notre rassemblement. Comme d¹autres, en tant que syndicaliste et acteur du mouvement social anti-libéral, je pense pouvoir servir d¹accélérateur à une dynamique de rassemblement qui a un objectif plus ambitieux que de faire un simple score de témoignage.
Six mois plus tard, force est de constater que les forces de la division l¹ont provisoirement emporté sur les forces de l¹unité.
Le Parti communiste veut imposer Marie-George Buffet comme candidate et ne lésine pas sur les moyens pour parvenir à ses fins. Il a multiplié la création de collectifs qui ne représentent, localement, que la sensibilité communiste. Il mène campagne de manière autonome, en parallèle de quelques grands meetings unitaires. Il se livre à des pratiques d¹un autre âge en refusant, par exemple, de valider le procès-verbal d¹une réunion de notre collectif national au cours de laquelle l¹écrasante majorité des participants a fait savoir que Marie-George Buffet ne pouvait pas incarner, sur le bulletin de vote, la richesse de notre rassemblement.
La Lcr, de son côté, vient de confirmer son engagement dans une campagne autonome avec Olivier Besancenot comme candidat. Elle multiplie les arguments pour justifier un prétendu désaccord de fond sur notre orientation commune. Elle pratique l¹unité à la carte, un pied dedans, un pied dehors, sans rechercher les voies et les moyens d¹une campagne réellement unitaire. Elle préfère se mesurer électoralement au Parti communiste plutôt que de répondre, de manière collective, à l¹espérance née de notre succès commun victorieux dans le combat contre le projet libéral de Constitution européenne.
Le Parti communiste et la Lcr ont pris la responsabilité de casser la dynamique unitaire et, par voie de conséquence, de renoncer à répondre aux attentes des couches populaires les plus frappées par les dégâts de la mondialisation libérale. Je le regrette profondément. Acteur du mouvement social et du combat altermondialiste depuis de longues années, je considère qu¹il est temps de traduire nos mobilisations dans l¹espace politique et électoral. Notre responsabilité fondamentale reste en effet de ramener dans la camp de la gauche les millions d¹électeurs et d¹électrices qui, déboussolés par vingt-cinq ans d¹alternance sans changement fondamental de leurs conditions d¹existence, ont progressivement choisi de déserté les urnes ou de disperser leurs voix jusqu¹à l¹extrême droite. Le 21 avril 2002, la gauche a perdu parce qu¹elle n¹avait pas su répondre aux attentes des citoyens et citoyennes les plus touchés par la précarisation sociale généralisée.
Toutes celles et ceux qui souffrent socialement n¹attendent pourtant qu¹une seule chose : une perspective crédible de changement qui ne se résume pas à quelques aménagements du système économique. Sans remise en cause radicale des logiques économiques libérales qui, des décisions de l¹Omc jusque dans la vie quotidienne, conduisent à la marchandisation des services publics, au dumping social, à la croissance vertigineuse des inégalités, il n¹y a d¹autre issue que le renoncement à changer vraiment la vie. Entre la simple alternance et la véritable alternative anti-libérale, il existe un fossé qui nous sépare d¹une gauche plus encline à gérer le pouvoir qu¹à engager la transformation sociale.
Pour donner sens à ce combat pour une alternative anti-libérale, il nous faut impérativement créer les conditions d¹une dynamique populaire et électorale. C¹est mal parti.
Les difficultés pour rassembler des courants, des sensibilités, des personnalités engagés dans notre combat commun sont compréhensibles. L¹unité est un combat. Mais force est de constater que le processus engagé débouche aujourd¹hui sur une impasse. La multiplication des candidatures aboutit à brouiller plutôt qu¹à clarifier notre perspective, prêtant le flanc à des critiques ironiques de la part de celles et de ceux qui ont parié depuis longtemps sur notre échec. En s¹enfermant dans la méthode dite du « double consensus », le collectif national a pris le risque de donner une image plus groupusculaire que populaire de notre rassemblement. Il a beaucoup trop tardé à dire ouvertement que la candidature de Marie-George Buffet était incompatible avec une logique unitaire.
J¹ai proposé, sans succès, que nous mobilisions toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans notre démarche pour choisir le candidat ou la candidate la mieux à même de porter notre message dans le cadre d¹une campagne collective. Il ne s¹agissait nullement de désigner des vainqueurs ou des vaincus mais de faire participer activement les citoyens et les citoyennes à la dynamique unitaire. C¹était, aussi, une manière de construire un rapport de forces populaire. La résistance à cette proposition qui prend pourtant d¹autant plus de sens après que le Parti socialiste a su désigner, à sa manière, sa propre candidate témoigne d¹une incompréhension des attentes citoyennes en matière de participation active aux choix politiques.
Cher(e)s ami(e)s, cher(e)s camarades, Pour l¹heure, et sous réserve d¹événements qui changeraient profondément la situation actuelle, j¹ai donc décidé de retirer ma proposition d¹incarner notre rassemblement sur le bulletin de vote de l¹élection présidentielle.
Je n¹entends pas, en effet, continuer de servir d¹alibi unitaire à d¹autres desseins, partidaires ou personnels. Je n¹entends pas non plus semer des illusions auprès des amis et des camarades qui viennent, toujours très nombreux, soutenir la démarche de rassemblement dans les meetings. Je n¹entends pas m¹engager pour autre chose qu¹une démarche unitaire et populaire visant à modifier durablement, à l¹occasion de l¹élection présidentielle, la donne électorale à gauche.
Je poursuivrai naturellement le combat avec vous toutes et tous, sur les bases stratégiques et programmatiques qui sont les nôtres. La création des collectifs unitaires est le signe d¹une volonté de construire une espace politique nouveau, après la victoire des collectifs du « non », il y a dix-huit mois. Nous trouverons ensemble, j¹en suis sûr, les voies les plus adéquates pour participer activement aux prochaines échéances électorales législatives, municipales et cantonales, à l¹occasion desquelles nous espérons bien porter haut et fort le message de la gauche anti-libérale.
Fraternellement, José
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