Les débats du Conseil (II)

Publié le par pierquet

Intervention de Stéphane Weisselberg, conseiller municipal citoyen sur le dossier : création de la police municipale au conseil municipal du 21 Janvier 2009.

 

M.Guglielmi,

Je ne vais pas jouer du « Philippe, tu » bien que ce soit la façon dont nous nous exprimons l’un vis-à-vis de l’autre et dont nous nous reconnaissons ; ce « tu », à l’instar de celui que j’ai utilisé  pour m’adresser à Isabelle Boulaudat le mois dernier, indique de la proximité humaine, de l’amitié parfois, du respect toujours et cela peut même aller jusqu’à de l’accointance idéologique, des affinités intellectuelles ou même électives !

Mais sur ce dossier, la police municipale, le « tu, mon cher Philippe » va se changer en « vous, M.Guglielmi » comme pour vous signifier mon éloignement idéologique, mon désaccord politique et ma divergence intellectuelle !

J’en conviens, c’est certes un peu théâtral mais après tout, ce qui se joue dans cette assemblée ne ressemble-t-il pas parfois aux jeux de rôles. Et ce que j’ai à vous dire, outre le fait qu’il ne vous surprendra pas, n’a rien à voir avec le fait que je suis dans l’opposition à une majorité de laquelle vous faîtes partie intégrante. J’ai toujours pensé comme Victor Hugo que « lorsqu’on ouvre une école, on ferme une prison », que ce soit hier lorsque je siégeais dans la majorité, avec vous d’ailleurs M.Guglielmi ou demain, n’injurions pas l’avenir si je suis amener à retravailler avec le Parti Socialiste.

Alors je vais essayer de traduire ma pensée sans passion excessive ou exacerbée mais que voulez-vous, comme le disait le mois dernier M.Cukier dont chacun apprécie les nombreuses interventions pertinentes dans cette assemblée, je suis un être émotif !

Et en plus, je revendique l’idée que la politique ait cette capacité à changer la société dans laquelle nous vivons, à changer même la condition humaine. Alors si l’émotion c’est exprimer sa sensibilité à l’égard des sujets politiques abordés par opposition à une gestion désincarnée des affaires courantes, c’est un vrai compliment que (vous) me fît(es) là, M.Cukier !

(Il est certain que compte tenu des boas que vous avalez dans votre majorité, il vaut mieux rester de marbre, se protéger des remords, des regrets et puis se munir de plusieurs vestes, mais j’y reviendrai tout à l’heure)

Revenons à la police municipale :

Comme militant de gauche, je fais le choix politique de privilégier la prévention à la répression, de développer les services publics, les lieux d’écoute, d’animation, de socialisation et de culture,

Comme enseignant, je fais le choix politique et le pari de l’éducation, vecteur d’émancipation individuelle et de liberté collective,

Comme éducateur, ma priorité réside dans l’apprentissage des règles de citoyenneté dès le plus jeune âge, dans le cadre scolaire mais aussi des activités municipales ; ma priorité c’est de donner une perspective d’avenir aux enfants te de tout faire pour éviter les actes délictueux et violents,

Comme enseignant-éducateur de gauche, je suis scandalisé que l’on associe jeunes et insécurité

Pure théorie, idéalisme, rien que des mots généralistes en décalage avec la réalité et les difficultés romainvilloises, m’objecterez-vous peut-être !

Et pourtant un rapport récent de l’assemblée nationale constate que parmi les prisonniers, 56% sont sans diplôme, 81% ne dépassent pas le niveau du CAP, que 42% sont issus des filières courtes ou sont en échec scolaire, que 19% sont en situation d’illettrisme grave ou avéré au regard du bilan lecture…

Et puis je ne suis pas un irresponsable qui nie les problèmes d’insécurité et de violences à Romainville, je ne suis pas angélique au point de ne pas voir les peurs s’exprimer, les demandes légitimes de tranquillité s’affirmer chaque jour un peu plus ! que ce soit dans l’habitat collectif ou en pavillon.

Je sais que la sécurité est la première des libertés !

Je ne vis pas dans le 16ème arrondissement de Paris et dans mon quartier, depuis plusieurs mois, les voitures sont vandalisées ou même brûlées, les pneus sont gratuitement crevés sur les flans, c’est alors irréparable (j’en ai fait moi-même l’amère expérience à 4 reprises en 3 semaines), les maisons cambriolées (j’en ai été victime 2 fois), les fenêtres brisées par des jets de projectiles lancés pour s’amuser et beaucoup plus grave les enfants et les adultes agressés (mon fils a été menacé au couteau en juin dernier par un jeune de 14 ans qui voulait lui voler sa guitare alors qu’il se rendait au conservatoire en pleine après-midi, quant à moi j’ai été nominativement menacé de mort en sortant d’un conseil municipal il y a 3 mois) et je pourrai faire une longue liste de ce qui, chaque jour, à Romainville, particulièrement depuis 2/3 ans, installe un véritable sentiment d’insécurité.

Mais soyons un peu pragmatique et voyons si la police municipale va constituer une réponse adaptée et vertueuse à ce fléau.

Il faudrait d’abord commencer par vous demander, M.Guglielmi, un bilan du travail effectué par les 8 agents du service Prévention/Sécurité depuis qu’il a été crée, mais aussi par vous demander un bilan des actes de délinquance et ceux qualifiés de « criminels » recensés sur notre commune par le commissariat des Lilas dont nous dépendons. Et puis ensuite il faudra les comparer aux chiffres qui seuls ne veulent rien dire ou à qui on peut faire dire n’importe quoi, des villes de même dimension que la nôtre dans notre département !

Je me souviens d’une longue conversation privée avec l’ancienne commissaire des lilas, Mme le Herissi, au cours de laquelle elle m’affirmait que Romainville restait une ville relativement « épargnée » au regard des trois autres villes dont elle avait la charge.

Il faudrait ensuite que vous nous expliquiez en quoi la garde urbaine actuelle n’a pas les moyens d’agir efficacement et pourquoi 4 policiers municipaux, outre le fait qu’ils seront assermentés, seront plus à même de régler les problèmes rencontrés. Pouvez-vous nous dire ce que l’expérience lilasienne en la matière a apporté ?

Nous voudrions savoir comment ce nouveau service va fonctionner, quel sera l’amplitude-horaire de son ouverture au public, comment chaque romainvillois pourra le joindre, si les policiers municipaux seront armés et dans l’affirmative, de quel type d’armes ils seront munis (je ne peux sérieusement pas croire que les très médiatisés « taser » et autre « flash-ball » viendront alimenter la chronique des faits divers locaux), quels seront leurs pouvoirs et surtout combien tout cela va coûter aux contribuables romainvillois ?

Car chacun comprend qu’au-delà des 4 nouveaux emplois, d’autres dépenses incontournables seront afférentes. Une étude récente réalisée en 2007 par un groupe de chefs de service en formation au CNFPT, estimait à près de 70 000 euros par an le coût de fonctionnement (hors rémunération) d’un service ordinaire de police municipale comptant 5 agents dotés d’un armement de 6ème catégorie (bâtons de défense), d’un véhicule et de 2 V.T.T.

Ceci pose deux autres vrais problèmes de fond :

-          celui de payer deux impôts differents pour un même service : la sécurité qui en tous les cas devrait être assuré par la police nationale et

-          celui finalement de savoir que, quelles que soient les mobilisations initiées et à venir pour obtenir des effectifs supplémentaires pour le commissariat de Lilas, nous serons encore moins entendus du simple fait de la création de la police municipale.

J’en profite pour vous demander, M.Guglielmi, où en est le conseil local de sécurité et de Prévention de la délinquance qui devait faciliter le travail partenarial entre associations, personnes qualifiées et services de police bien entendu ?

Mais comment ne pas mettre en relation ou en regard la décision de création d’une police municipale avec la suppression des conseils de quartier, l’abandon de toute forme de démocratie participative et citoyenne, le refus de scolariser les enfants de l’hôtel Paladin, celui de permettre aux familles de réintégrer l’hôtel, la mise au ban du RESF, l’expulsion des animateurs de la ferme Carnot, l’absence de soutien aux salaisons, seul espace d’art contemporain à Romainville, la suppression du salon de l’image, la réduction des moyens du salon des arts plastiques, le refus de rémunérer un accompagnateur de piano pour les auditions du conservatoire, l’asphyxie financière du club de football de la ville, la mise en retrait du Projet de Réussite Educative et toutes les coupures budgétaires dans ces secteurs ?

En bref avec tout ce qui fait l’animation d’une ville, en terme de citoyenneté et de solidarité, d’accès à la culture et aux sports ! C'est-à-dire tout ce que l’on retrouve dans une ville de Gauche !

Comment d’autre part ne pas aborder ce choix politique dans un contexte national où le projet d’a-civilisation de Nicolas Sarkozy est d’une extrême brutalité et d’une extrême régression ?

Je pense, M.Guglielmi, que nous pourrions nous retrouver pour dénoncer le retrait de toutes les protections collectives, le retrait de l’en-commun qui permet à chacun d’être concepteur et acteur d’un avenir humain partagé, pour dénoncer la criminalisation des mouvements sociaux, la stigmatisation des étrangers, l’instrumentalisation du concept d’identité nationale (comme s’il existait UNE identité nationale d’ailleurs) et l’instauration d’un état sécuritaire basé sur le contrôle social !

Et de fait, nous nous sommes retrouvés pour nous indigner et refuser le fichier Edvige comme le Service Minimum d’accueil dans les écoles.

Mais il faut rester cohérent et crédible, et on ne peut pas jouer sur tous les tableaux. Le budget est par définition contraint et faire de la politique sans que je donne de leçon à qui que ce soit, ce n’est à mon sens ni faire de la gestion, ni faire du saupoudrage, ni même mettre son mouchoir sur des décisions dont le symbole autant que les conséquences sont réactionnaires !

C’est choisir des orientations politiques ! Ma priorité est éducative !

Faire de la politique, c’est aussi intervenir pour que Romainville ne soit pas une République lilliputienne autoproclamée dans laquelle les lois de la République Française ne sont pas appliquées et faire en sorte par exemple qu’une tribune dans le journal municipal me soit attribuée. C’est intervenir parce que c’est le prix de la démocratie, parce que vous avez du pouvoir et parce qu’en 2003 lorsque vous étiez dans l’opposition, vous étiez  victimes des mêmes dérives autocratiques du maire, des mêmes brimades multiples et répétées que vous dénonciez avec vigueur !

Je parle de cela parce qu’il s’agit là de violences.

Mon choix, c’est comme l’a dit le généticien A.Jacquard «  d’organiser la mise en commun des savoirs, des émotions, des angoisses et des projets. C’est cela la base de tous les droits et tous les devoirs : la mise en commun de ce qui nous permet de devenir nous-même ».

Quoi qu’il en soit si je connais par avance l’issue du vote, bien que la maire ait toujours été hostile à la création d’une police municipale (nous partagions au moins cela), je suis curieux de voir ou d’entendre la position des verts qui partout en France, rejettent ce choix, comme ils l’ont fait il y 2 mois, à Noisy-le-Sec !

Pour finir, je vous remercie, Mme le maire, de ne pas avoir interrompu mon intervention en appliquant le règlement intérieur illégal du conseil municipal et son article limitant le temps de parole à 3mn (comme l’a indiqué le préfet au maire de Saint-Denis et comme il ne tardera pas à le faire à votre égard).

Je me serai retrouvé dans la même situation que les députés socialistes de l’Assemblée Nationale hier, à dénoncer une mascarade de démocratie et qui sait, à quitter précipitamment le conseil municipal en chantant la marseillaise comme ils le firent hier. Cela m’aurait obligé à apprendre toutes les paroles par cœur et j’aurai eu la désagréable impression de faire plaisir à Nicolas Sarkozy !

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M
Quelle introduction ! !<br /> Stéphane fait toujours des discours à nous endormir avant d’arriver au principal.<br /> <br /> Le fait de prendre comme exemple que la commissaire des Lilas dit que Romainville est la commune la plus calme des trois qu'elle a à s'occuper n'est pas étonnant, il y a un refus d'enregistrer les plaintes ; d'ailleurs, M Guglielmi l'a expliqué lors de la réunion sur la sécurité il y a environ 1 an à la suite du décès d'une personne âgée rue Marcel Éthis.<br /> Et j'en ai fais la malheureuse expérience aussi.<br /> Ne dit-il pas qu'il a eu plusieurs « ennuis » ?<br /> <br /> L'éducation ne fait pas tout, dû moins celle promulguée par l'éducation Nationale, les parents « ont aussi » à éduquer leurs enfants ! Ne l'oublions pas !!
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P
Il se passe quelque chose de bizarre à Romainville ! D’abord le mea culpa ou le grand pardon de P Guglielmi sur la limitation du temps de parole de l’opposition par le règlement intérieur. Facile de dire que l’on est un républicain, un démocrate après que nos citoyens élus de l’Assemblée Nationale ont manifesté la même atteinte à la démocratie que dans notre commune ! Etonnant de voir divulgué sur le blog du Cactusrouge une lettre du 1er adjoint adressé au Maire ! Y a-il un désaccord politique qui se trame ? Des nouvelles alliances, comme dit la rumeur, s’organisent-elles ? Bizarre également le préliminaire de l’intervention de Stéphane Weisselberg lorsqu’il indique sa « proximité humaine, de l’amitié parfois, du respect toujours et cela peut même aller jusqu’à de l’accointance idéologique, des affinités intellectuelles ou même électives ! » puis « que ce soit hier lorsque je siégeais dans la majorité, avec vous d’ailleurs M.Guglielmi ou demain, n’injurions pas l’avenir si je suis amener à retravailler avec le Parti Socialiste. » Est-ce à nouveau la préparation d’un coup d’Etat du 18 Brumaire ? A vous de juger !
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